Réflexion sur la grossesse et l'allaitement
:
le calcium et la consommation forcée de lait

par Carol Vachon
Docteur en physiologie médicale, consultant en nutrition
Les produits laitiers, parce qu'ils sont très riches
en calcium, sont fortement conseillés au cours de la grossesse
et de l'allaitement, deux périodes bien exigeantes en calcium
pour la mère. Est-il vraiment justifié de recommander
une grande consommation de calcium lors de la grossesse et de l'allaitement
maternel? Il vaudrait la peine de revoir cette question.
Le ftus prélève à même
les réserves de la mère d'importantes quantités
de calcium, qu'il utilisera pour favoriser la croissance rapide de sa
petite masse osseuse. Il en sera de même lors de l'allaitement.
Plusieurs insistent sur l'importance de la consommation d'une bonne
quantité de lait au cours de la grossesse, pour ainsi mieux "
construire " la masse osseuse de l'enfant, sous prétexte
que le lait est le principal aliment du nourrisson et que mieux vaut
commencer à lui en donner dès sa vie intra-utérine.
Raisonnement douteux.
Près de 100% des femmes des pays en voie de développement
enfantent et allaitent sur des périodes beaucoup plus longues
que dans nos pays occidentaux, sans préjudices apparents (peu
d'ostéoporose) et ce, avec le quart de nos recommandations en
calcium (1) (300 à 400 mg par jour).
Des dizaines de recherches, dont vous trouverez référence
en fin de texte, semblent démontrer que les réserves minérales
des os de la mère se régénèrent normalement
au cours des mois suivant l'allaitement. Même que ces demandes
minérales répétées lors des périodes
de grossesse et d'allaitement stimuleraient tant la reconstruction que
les femmes en ressortiraient avec une meilleure ossature (2).
À l'inverse, se pourrait-il que la surconsommation
de produits laitiers vienne déstabiliser l'organisme lors de
la grossesse et de l'allaitement? Doit-on vraiment recommander des apports
quotidiens en calcium aussi élevés que 1200 mg? Des femmes
vivent pourtant de très belles grossesses, sans complications,
sans consommer aucun produit laitier, et avec des apports en calcium
de loin inférieurs aux 1200 mg recommandés sur une base
quotidienne. Les deux tiers de la recommandation adulte de 1000 mg,
soit environ 700 mg, semblent suffisants.
Non seulement y a-t-il lieu de mettre en doute des recommandations
en calcium aussi élevées, mais aussi le fait de le consommer
sous forme de produits laitiers. À ce sujet, une observation
générale semble ressortir chez plusieurs auteurs de manuels
de nutrition et de diététique à l'effet que les
produits laitiers figurent parmi les aliments les plus à risque
de causer des allergies et intolérances.
Si nous prenons l'exemple des crampes musculaires, survenant
surtout durant la deuxième moitié de la grossesse, prenez
bonne note que la réduction du lait de vache peut soulager ces
symptômes (3). Malheureusement, le lait de vache étant
considéré comme une telle nécessité chez
nous, la solution suggérée demeure le classique supplément
de calcium et de vitamine D à prendre avec un grand verre de
lait
L'hypertension de fin de grossesse, pouvant être
soulagée par la prise de suppléments de calcium et de
magnésium (4) ne serait-elle pas aussi en lien avec la consommation
forcée de produits laitiers? Effectivement, il y a des observations
à l'effet que le lait puisse prédisposer à l'éclampsie
(hypertension, dème, albuminurie) chez la femme enceinte.
Aussi, serait-il possible que cela soit relié à la manifestation
d'un trouble du métabolisme du calcium créé par
un excès de produits laitiers? Un supplément de calcium
pourrait certes aider, mais d'abord faudrait-il vérifier que
le lait ne soit pas source de problème dans ce cas-ci. Rien de
plus simple à vérifier, vous n'avez qu'à le supprimer
de votre alimentation pour une période de quelques semaines et
à en observer les effets.
Quoiqu'il semble protecteur chez les femmes sous-alimentées,
une trop grande quantité de calcium est néfaste si cela
a pour conséquence d'entraîner la surconsommation de produits
laitiers. En général, le yogourt nature est mieux toléré
que le lait, et le fromage encore davantage. Privilégiez les
produits fabriqués à base de lait cru et une saine alimentation.
Sachez aussi que le diabète et d'autres troubles hormonaux peuvent
être liés à la consommation de produits laitiers.
Avis à la femme qui allaite : une partie des protéines
du lait de vache que vous consommez peut passer dans le lait maternel
et entraîner coliques, réactions cutanées et autres
troubles qui pourraient sembler inexpliqués chez votre nourrisson
(5). Notez que d'autres aliments peuvent aussi causer ce genre d'inconvénients
: fruits de mer, poissons, noix, ufs et soja, etc.
Dr Carol Vachon est chroniqueur à
Vitalité Québec
©2001, reproduit avec la permission de l'auteur.
BIBLIOGRAPHIE
1- Walker, A.R.P. et Walker, B.F. 1981 Am. J. Clin. Nutr. 34 : 2319
2- Kritz-Silverstein, D. et al 1992 Am. J. Epidemiol. 136 : 1052
3- Page, E.W. et Page, E.P. 1953 Obstet. Gynecol. 1 : 94
4- Rosso, P. 1990 Nutrition and metabolism in pregnancy. Mother and
fetus. New York Univ. Press, pp 281-282
5- Borel, Y. 1991 Bibl. Nutr. Dieta 48 : 55
Pour en savoir plus, vous pouvez vous procurer les deux ouvrages,
"Le lait : si bon pour la santé ?" et "Le lait
protège-t-il contre l'ostéoporose ?" comportant un
total de 100 pages avec les confirmations et références
scientifiques. Envoyer un chèque de $16 CAD à:
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